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TikTok sous le feu des critiques pour la complexité du refus de collecte de données pour l’IA

En matière de confidentialité des données, toutes les plateformes sociales ne se valent pas. Alors que de nombreux utilisateurs prennent conscience que leurs publications servent à entraîner l’intelligence artificielle, une étude récente menée par la société de cybersécurité Surfshark révèle un écart frappant dans la facilité de dire « non ». TikTok est au centre de cette controverse, car il rendrait plus difficile le refus d’utilisation des données pour l’IA que toute autre grande application sociale.

Processus complexe et collecte intrusive sur TikTok

L’étude met en lumière une « lacune en matière de confidentialité » difficile à ignorer. Des plateformes comme Snapchat ou X (anciennement Twitter) permettent aux utilisateurs de désactiver l’utilisation des données pour l’IA en trois à cinq étapes environ. En revanche, TikTok exige pas moins de 19 actions distinctes. Au lieu d’un simple interrupteur « off », les utilisateurs doivent naviguer à travers plusieurs couches de menus, lire des textes denses sur la politique de confidentialité et souvent remplir des formulaires spécifiques pour protéger leur contenu.

Cette complexité constitue un obstacle majeur. L’entreprise dissimule le processus de refus derrière près de vingt clics différents, garantissant ainsi que la plupart de ses utilisateurs restent partie prenante du pool d’entraînement pour l’IA simplement par frustration face à l’alternative.

Ce qui rend la position agressive de TikTok encore plus notable, c’est le type de données qu’il cherche à collecter. Des plateformes comme Facebook ou Instagram se concentrent principalement sur le contenu public. Cependant, la politique de TikTok est beaucoup plus intrusive. Selon l’analyse de Surfshark, l’application se réserve le droit d’analyser non seulement vos vidéos publiques, mais aussi vos vidéos privées et même vos brouillons non enregistrés.

Comparaison avec les concurrents et implications légales

Pour mettre en perspective les 19 étapes requises par TikTok, considérons ses concurrents directs. Même les plateformes Meta, Facebook et Instagram — souvent critiquées pour leurs propres pratiques en matière de données — ne nécessitent que huit étapes pour soumettre une demande de refus. Bien que ces huit étapes incluent encore des formulaires complexes plutôt qu’un simple interrupteur, elles sont néanmoins deux fois plus accessibles que le système actuel de TikTok.

Luis Costa, responsable du groupe recherche et analyse chez Surfshark, souligne que ces plateformes utilisent souvent le contenu généré par les utilisateurs comme ressource sans offrir des moyens « conviviaux » pour refuser. Selon la législation en vigueur dans plusieurs régions, y compris la majeure partie des États-Unis, les utilisateurs ne bénéficient pas du même niveau de protection que ceux résidant dans l’UE sous le RGPD.

Pour le créateur moyen sur TikTok, cela signifie que sa créativité sert par défaut à alimenter un gigantesque moteur d’IA. Si un utilisateur n’est pas prêt à franchir la barrière des 19 étapes, sa vie numérique — du danse virale au projet personnel inachevé — reste une source d’exploitation pour l’algorithme.

Antoine Laberou

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